La pluie d’été est lascive, parfois rafraîchissante ou taquine quand elle se combine à un temps orageux. On se met à l’abri, on rentre les chaises de jardin, le linge qui pend au balcon, on fait avec.

La pluie d’hiver est bien plus intéressante. Au début, on la distingue à peine à travers les fenêtres, entre des nuages grisonnants ; on se demande toujours : est-ce réellement de la pluie ? On regarde mieux, on plisse les yeux. En cas de doute, on ouvre la fenêtre, on hume l’ambiance, on tend la main… Elle est froide, même un peu dure : elle tombe en gouttes fermes, s’écrase sur le rebord et s’éparpille en mille éclats de verre.

Le froid, alors, nous fait tressaillir ; un petit courant d’air nous frôle la nuque. On referme rapidement l’ouverture. On se secoue, un peu machinalement. On délaisse le paysage et on passe à autre chose.

Quelques minutes plus tard, la pluie se fait un peu plus bruyante : elle tombe abondamment maintenant, elle claque sur les vitres, les portes, elle nous entoure, elle se transforme presque en glace. Elle devient encore plus bruyante, forte, elle prend désormais toute la place, toute son importance. Elle nous accompagne alors dans notre sommeil, comme un ronron réconfortant. Le foyer nous protège, nous tient à l’abri, nous procure sa chaleur, près des radiateurs en fonte, d’une cheminée ou sous une couette douce comme un nuage.

Le matin, au réveil, on entrouvre les yeux : la luminosité du ciel semble bizarre, cotonneuse, diffuse, comme suspendue. On se lève, on espère, on s’approche des carreaux. Il a neigé.